source : Nouvel Obs

La députée européenne Eva JOLY a été celle qui a asséné avec le plus de force cette évidence : la dernière fois que le chef de l’État français a stigmatisé une population en raison de son origine ethnique et l’alivrée à la vindicte populaire, pour reprendre les termes de l’ancienne magistrate, c’était sous le régime de Vichy ! Nous connaissons la suite de l’Histoire, mais faut-il rappeler que les Roms ne sont pas seulement expulsés par avion, mais aussi par trains : les images télévisées de leur montée dans les trains rappellent, là encore, quelque cruel souvenir. L’expulsion est déjà insupportable dans ces conditions, mais qui n’a pas vu les images également des pelleteuses broyant les caravanes !?

Il convient de se préoccuper, outre de sa pertinence, de l’utilité d’une telle politique au sein de l’Espace de Shengen, qui garantit la liberté de circulation des biens et des personnes. Que le contribuable paie le transport des expulsés, ils reviendront quand bon leur semble, et ils seront dans leur bon droit (européen), d’autant plus que, autre drame de leur situation, les Roms ne sont les bienvenus nulle part, ni plus en Roumanie qu’en France. La situation cause un contexte de refroidissement des relations gouvernementales entre Bucarest et Paris, qui peut dégénérer en crise diplomatique si l’Union Européenne n’intervient pas pour faire valoir le Droit européen, ou si Paris persiste dans son erreur. Quand on a conscience de son erreur et qu’on tient à la maintenir, celle-ce devient une faute, et c’est la démocratie qui en pâtit. Comme disait Max FRISCH, “le silence des chaussons est pire que le bruit des bottes“. Je pense également à la citation d’Albert EINSTEIN : “Il y a deux choses d’infini au monde: l’univers et la bêtise humaine… mais pour l’univers j’en suis pas très sûr“.

D’autres réactions : pontificale (Rom(e) s’insurge ! – tous les chemins mènent au Rom – …) et de prêtres, dont Arthur HERVÉ, le curé lillois qui a exprimé devant les caméras qu’il priait pour que Nicolas Sarkozy ait une crise cardiaque (propos qu’il a regretté quelques heures après, sans les retirer néanmoins) … la Ligue des Droits de l’Homme, l’Union Européenne, les Nations-Unies (pour ne citer que ceux-là) condamnent la politique du Gouvernement français et de Nicolas Sarkozy.

L’Histoire se répèterait-elle !? Je ne l’affirmerai point. Mais elle bégaie avec un relent nauséeux.

Cela étant, qui s’en soucie !? Comme me disait une de mes amies (nous l’appelerons K.) : “je me mettrai bien en travers des rails devant ces trains, mais c’est la rentrée des classes et je dois aller chercher un nouveau cartable pour mon petit dernier“. Je lui ai bien suggéré d’attacher son fils sur la voie pendant qu’elle allait lui chercher son cartable, mais je ne suis pas certain qu’elle suive cette recommandation. C’est vrai, quoi, après tout, c’est la crise, et on ne va pas gâcher un cartable tout neuf pour un enfant qui n’en aura plus l’utilité ! Nos préoccupations actuelles sont aux économies … l’ennui, c’est que nous faisons aussi l’économie d’un exercice démocratique sain. Après tout, les réactions à la politique de Nicolas Sarkozy semblent bien plus remontées hors de l’Hexagone qu’en son sein. La question qui se pose, finalement, ne serait-elle pas de l’ordre de “Pourrons-nous dire que nous ne savions pas ?” !?

Petite piqure de rappel :

« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste. Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique. Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. » - Martin NIEMÖLLER (Dachau), arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.

Une note d’humour en conclusion. Si, si, c’est possible, même sur ce genre de sujet. C’est nécessaire surtout sur ce genre de sujet ! Ainsi, le ministre de l’Intérieur, Brice HORTEFEUX, envisagerait (selon le quotidien régionalLa Montagne) de porter sa candidature aux cantonales, en vue de conquérir la Mairie de Vichy. N’y voyons pas d’ironie du sort, la Ville n’est en rien responsable des heures les plus sombres de l’Histoire à laquelle son nom est associé. Il n’empêche, je n’ai pas eu retenir un rire acide en découvrant cette info … on m’a demandé combien d’honoraires je demanderai (je rappelle ici que mon métier est le conseil en comunication politique et publique), pour me mettre au service de la République et du ministre de l’Intérieur. J’ai répondu que je me mettais gratuitement au service de la République, mais que la communication politique du ministre risquait de lui coûter cher …

On en reparle jeudi 9, de 20h à 21h, au fidèle micro de TON LIBRE, en compagnie de mon invité en direct des studios de Radio HDR, et en attendant, j’en dirai deux mots dans le Tchatcho, sur la même antenne, aujourd’hui mêmeà, à 18h10. Vous pouvez écouter Radio HDR à Rouen sur la fréquence 99.1 FM ou en live sur radiohdr.fr.

Après Copenhague, nous pouvons avec force nous interroger sur le défaut flagrant de cohésion de l’Union Européenne quant à la politique énergétique. Si l’ONU porte une part de la responsabilité de l’échec de la COP15, l’Union Européenne n’est pas exempte de sa responsabilité, les voix discordantes illustrant douloureusement l’échec global d’une gouvernance mondiale multilatérale.

Je me suis rendu à Copenhague sans illusions et en suis revenu optimiste. Rien d’étrange à cette contradiction avec beaucoup d’autres présents : la divergence des intérêts des Etats, tant au sein de l’Union Européenne que dans le reste du monde, reste un travers que nos gouvernants n’ont jamais su surmonter. Albert Einstein disait qu’un problème sans solution est un problème mal posé. Et si l’optimisme est, je le crois, une utopie, cela ne s’oppose pas au fait que les réalités à venir appartiennent à notre façon de les concevoir, de les appréhender et de les engendrer, car je suis résolument convaincu qu’il n’y a en effet pas de problème humain qui n’ait de solution à notre portée.

La communauté internationale se résume à un ensemble d’États réunis autour de l’idée de la primauté de leurs intérêts particuliers et incapables de renoncer, à l’échelle mondiale, à une souveraineté absolue et à la divergence de ces intérêts, dans des domaines pourtant supranationaux. Or, ces intérêts sont facilement corrompus au nom d’un productivisme qui demeure la nourriture prioritaire du consumérisme global et de la vacuité ambiante. C’est de l’aliénation sociale ! A Copenhague, les Nations Unies se sont rendues coupables de l’échec, par leur habituel manque de coercition. Et, contrairement à ce que prétend en France l’UMP, non, ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui a initié le sommet de Copenhague ni lui qui aurait permis d’aboutir à un quelconque accord, s’il y en avait réellement un !

Le détricotage insupportable des propositions initiales, évacuant les problématiques des ressources ou encore le risque de guerres que font encourir les migrations climatiques, ou le refus sino-américain d’un Kyoto II, sont une négation d’enjeux géopolitiques pourtant évidents !

Le rêve européen passe par la construction d’une Europe politique. Or, le TCE a échoué, Lisbonne échoue, Copenhague illustre, une fois encore, l’incapacité absolue des Européens, avant même de pouvoir se faire entendre, à accorder leurs violons pour constituer un orchestre harmonieux sur la question du climat et de l’énergie. Et comment saurait-il en être autrement !? L’Europe, aujourd’hui mi-intergouvernementale, mi-communautaire, continue d’échouer, s’éloignant de plus en plus de la confiance de ses citoyens. La solution qui n’a pas été expérimentée réellement, c’est le projet Spinelli : une Europe fédérale, qui sera capable, tout en valorisant sa diversité, d’unir les intérêts des Européens, dans tous les domaines.

L’Europe doit ainsi s’engager dans cette solution fédéraliste, au lieu de continuer, comme l’a dénoncé en février dernier Daniel Cohn-Bendit au Parlement, à s’enliser dans cette voie qui s’avère incapable de doter l’Union de politiques communes cohérentes en matière d’énergie, de justice, de fiscalité, de flux migratoires, de santé, de retraites, de défense et, dans une moindre mesure, de politique extérieure …

L’Allemagne est plus sensible, par son histoire, à cette solution, que la France qui vit un retour au jacobinisme forcené et réaffirme la monarchie républicaine qui fait loi et qui interdit l’innovation démocratique, l’expérimentation institutionnelle du parlementarisme régional et réduit l’autonomie de ses territoires et les perspectives de croissance de la coopération décentralisée.

La supranationalité de la question énergétique est la cause évidente de l’échec de la COP15 : la divergence des intérêts particuliers des Etats, comme la divergence du couple franco-allemand (l’Allemagne orientée vers une volonté de sortie programmée du nucléaire, la France renforçant en revanche son parc nucléaire).

En matière institutionnelle, la gouvernance mondiale est attendue sur une base des blocs continentaux comme, en matière énergétique, la solution la plus pertinente est la diversification et la proximité des modes de production d’énergie. Dans notre monde globalisé, le multilatéralisme qui doit présider à la résolution des problèmes se heurte à ce que j’appelle l’egologie.

Face à la crise systémique et à l’urgence sociale, écologique et démocratique, qui touchent la société mondiale, il est temps que l’intérêt particulier cesse de crier plus fort que l’intérêt général. Notre monde globalisé reste gouverné par les divergences souveraines. La question devient aujourd’hui, non pas de se demander quelle planète nous laisserons à nos enfants, mais quels enfants nous laisserons à notre planète ! Leur lèguerons-nous notre courte vue !? « A Copenhague, je n’ai pas vu des hommes d’État mais des hommes d’affaires », dénonce Corinne Lepage.

Chacun fait de la portée de son regard la limite du monde. Gageons que nous saurons commettre jusqu’à terme une douce révolution mondiale des mentalités qui transformera ses institutions de façon à éradiquer la pauvreté, première des injustices dont découle les autres inégalités sociales et qui engagera une évolution soutenable, et non pas une décroissance, qui appartient au constat actuel. Il n’est plus question de changer les règles du jeu, il est impératif de changer le jeu. On ne changera pas les Hommes d’aujourd’hui, mais nous pouvons aujourd’hui changer le monde de demain. Nul n’échappe à cette responsabilité immense. Parce que l’activisme est plein de sens, je persiste, d’une part, à ne me faire aucune illusion et, d’autre part, à être un indécrottable optimiste.

Retrouvez cet article sur le site web et dans les pages Opinions (version allégée) du magazine ParisBerlin (n° 50 de mars 2010) ainsi que parmi les Chroniques européennes de mon émission Ton Libre sur Radio HDR (édition du 11 mars 2010).

La petite sirène de Copenhague

Ca y est, c’est parti, c’est lancé ! Retrouvez ma nouvelle émission, “TON LIBRE”, sur Radio HDR (Rouen 99.1) ainsi que le blog associé à l’émission.

Pour la première édition, j’ai eu le plaisir et le privilège d’accueillir Pierre ALBERTINI, ancien député et ancien Maire de Rouen, pour évoquer avec lui trois projets de territoires : la grande Normandie, le grand Paris et la réforme territoriale proposée par le Gouvernement Fillon.

Retrouvez-y également la version 2010 de mes Chroniques européennes.

Vous pouvez écouter l’émission sur les ondes un jeudi sur deux, de 20h à 21h, ou sur la toile, et réagir en publiant vos commentaires sur le blog de l’émission. Vous aussi, passez votre “ton libre” en participant à l’émission !

Prochain rendez-vous le 25 mars, pour revenir sur les régionales … entre autres !

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