Après Copenhague, nous pouvons avec force nous interroger sur le défaut flagrant de cohésion de l’Union Européenne quant à la politique énergétique. Si l’ONU porte une part de la responsabilité de l’échec de la COP15, l’Union Européenne n’est pas exempte de sa responsabilité, les voix discordantes illustrant douloureusement l’échec global d’une gouvernance mondiale multilatérale.

Je me suis rendu à Copenhague sans illusions et en suis revenu optimiste. Rien d’étrange à cette contradiction avec beaucoup d’autres présents : la divergence des intérêts des Etats, tant au sein de l’Union Européenne que dans le reste du monde, reste un travers que nos gouvernants n’ont jamais su surmonter. Albert Einstein disait qu’un problème sans solution est un problème mal posé. Et si l’optimisme est, je le crois, une utopie, cela ne s’oppose pas au fait que les réalités à venir appartiennent à notre façon de les concevoir, de les appréhender et de les engendrer, car je suis résolument convaincu qu’il n’y a en effet pas de problème humain qui n’ait de solution à notre portée.

La communauté internationale se résume à un ensemble d’États réunis autour de l’idée de la primauté de leurs intérêts particuliers et incapables de renoncer, à l’échelle mondiale, à une souveraineté absolue et à la divergence de ces intérêts, dans des domaines pourtant supranationaux. Or, ces intérêts sont facilement corrompus au nom d’un productivisme qui demeure la nourriture prioritaire du consumérisme global et de la vacuité ambiante. C’est de l’aliénation sociale ! A Copenhague, les Nations Unies se sont rendues coupables de l’échec, par leur habituel manque de coercition. Et, contrairement à ce que prétend en France l’UMP, non, ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui a initié le sommet de Copenhague ni lui qui aurait permis d’aboutir à un quelconque accord, s’il y en avait réellement un !

Le détricotage insupportable des propositions initiales, évacuant les problématiques des ressources ou encore le risque de guerres que font encourir les migrations climatiques, ou le refus sino-américain d’un Kyoto II, sont une négation d’enjeux géopolitiques pourtant évidents !

Le rêve européen passe par la construction d’une Europe politique. Or, le TCE a échoué, Lisbonne échoue, Copenhague illustre, une fois encore, l’incapacité absolue des Européens, avant même de pouvoir se faire entendre, à accorder leurs violons pour constituer un orchestre harmonieux sur la question du climat et de l’énergie. Et comment saurait-il en être autrement !? L’Europe, aujourd’hui mi-intergouvernementale, mi-communautaire, continue d’échouer, s’éloignant de plus en plus de la confiance de ses citoyens. La solution qui n’a pas été expérimentée réellement, c’est le projet Spinelli : une Europe fédérale, qui sera capable, tout en valorisant sa diversité, d’unir les intérêts des Européens, dans tous les domaines.

L’Europe doit ainsi s’engager dans cette solution fédéraliste, au lieu de continuer, comme l’a dénoncé en février dernier Daniel Cohn-Bendit au Parlement, à s’enliser dans cette voie qui s’avère incapable de doter l’Union de politiques communes cohérentes en matière d’énergie, de justice, de fiscalité, de flux migratoires, de santé, de retraites, de défense et, dans une moindre mesure, de politique extérieure …

L’Allemagne est plus sensible, par son histoire, à cette solution, que la France qui vit un retour au jacobinisme forcené et réaffirme la monarchie républicaine qui fait loi et qui interdit l’innovation démocratique, l’expérimentation institutionnelle du parlementarisme régional et réduit l’autonomie de ses territoires et les perspectives de croissance de la coopération décentralisée.

La supranationalité de la question énergétique est la cause évidente de l’échec de la COP15 : la divergence des intérêts particuliers des Etats, comme la divergence du couple franco-allemand (l’Allemagne orientée vers une volonté de sortie programmée du nucléaire, la France renforçant en revanche son parc nucléaire).

En matière institutionnelle, la gouvernance mondiale est attendue sur une base des blocs continentaux comme, en matière énergétique, la solution la plus pertinente est la diversification et la proximité des modes de production d’énergie. Dans notre monde globalisé, le multilatéralisme qui doit présider à la résolution des problèmes se heurte à ce que j’appelle l’egologie.

Face à la crise systémique et à l’urgence sociale, écologique et démocratique, qui touchent la société mondiale, il est temps que l’intérêt particulier cesse de crier plus fort que l’intérêt général. Notre monde globalisé reste gouverné par les divergences souveraines. La question devient aujourd’hui, non pas de se demander quelle planète nous laisserons à nos enfants, mais quels enfants nous laisserons à notre planète ! Leur lèguerons-nous notre courte vue !? « A Copenhague, je n’ai pas vu des hommes d’État mais des hommes d’affaires », dénonce Corinne Lepage.

Chacun fait de la portée de son regard la limite du monde. Gageons que nous saurons commettre jusqu’à terme une douce révolution mondiale des mentalités qui transformera ses institutions de façon à éradiquer la pauvreté, première des injustices dont découle les autres inégalités sociales et qui engagera une évolution soutenable, et non pas une décroissance, qui appartient au constat actuel. Il n’est plus question de changer les règles du jeu, il est impératif de changer le jeu. On ne changera pas les Hommes d’aujourd’hui, mais nous pouvons aujourd’hui changer le monde de demain. Nul n’échappe à cette responsabilité immense. Parce que l’activisme est plein de sens, je persiste, d’une part, à ne me faire aucune illusion et, d’autre part, à être un indécrottable optimiste.

Retrouvez cet article sur le site web et dans les pages Opinions (version allégée) du magazine ParisBerlin (n° 50 de mars 2010) ainsi que parmi les Chroniques européennes de mon émission Ton Libre sur Radio HDR (édition du 11 mars 2010).

La petite sirène de Copenhague

L’une de mes premières constatations a été la présence de francophones, plus forte que je ne le pensais. J’ai établi le contact avec plusieurs réseaux d’activistes, dont le collectif « Climate Collective », présents notamment à la manifestation qui a abouti devant le Ministère de la Défense pour appeler à agir en faveur des réfugiés climatiques.

Le KlimaForum est plus modeste que je ne pensais. Néanmoins, les ateliers et groupes de travail qui y sont présents sont très enrichissants, et expriment avec brio les atouts de la démocratie participative, en particulier dans un contexte mondial qui rassemble des individus du monde entier. Nous n’avons sans doute pas pesé grand-chose, mais nous y étions. Moralement, c’est essentiel.

Les nombreux séminaires internationaux, forums, &c auxquels je participe depuis des années me rappellent sans cesse combien il est important de se rencontrer entre citoyens de différents pays.

Peu de facilités pour retrouver tel ou tel organisme (le programme officiel indique les dates, heures et lieux de rencontres, le point d’information des activistes (jouxtant la yellow room) l’agenda des actions à travers la ville mais les quelques stands présents me paraissent bien insuffisants. On aurait pu imaginer un « NGO Village », par exemple.

J’ai réussi à apprendre dans quel entrepôt squattaient certains de mes concitoyens activistes, mais aucune indication plus précise sur place (je ne dirai pas tout ici, vous vous en doutez bien !) … mesure de précaution, sans doute, vu que la police danoise a la réputation d’être assez violente. Les images glanées aux infos ou sur les caméscopes de quelques contacts établis sur place sont en effet assez révélatrices …

Je me suis fait prendre en photo par un jeune photographe autrichien vivant à Berlin, et qui propose un concept : écrire sur un bandeau adhésif, que l’on se colle sur la bouche, le ou les mots qui évoquent la raison de la présence du sujet photographié (à court d’idée, j’ai juste rédigé : « France for sustainability ! », mais j’aurais peut-être du signer « Cap21 », en y repensant …)

J’ai toujours trouvé intéressant de faire valoir la création artistique (représenté sur un site annexe du KlimaForum) dans ce genre de manifestations. C’est une bonne façon, selon moi, de faire vivre l’art, d’une part, et d’illustrer un engagement, d’autre part. Et puis c’est une formule d’expression pacifiste, ce qui est une excellente solution !

On peut s’efforcer de participer à la révolution des mentalités autrement que par la violence et la colère que l’on peut vouloir exprimer n’est pas forcément moins forte. C’est peut-être une forme de lutte moins efficace à terme immédiat, mais elle n’est pas nouvelle cependant, et je ne crois pas que le but des actions soit de susciter le rejet mais bien l’adhésion des foules. Car, en démocratie, et contre le totalitarisme de certains lobbies qui voudraient tuer le pouvoir politique, voire l’asservir, c’est la mobilisation populaire qui peut et qui doit l’emporter ! Face aux matraques des lobbies, les lentilles des caméras et des appareils-photo, entre autres, peuvent être des armes redoutables. Ainsi, je crois que les artistes, comme les médias, ont un rôle citoyen majeur. Les premiers sont engagés, les seconds généralement plus neutres (quoique …), mais les uns et les autres sont des vecteurs d’opinion. La culture est bel et bien un pilier de la démocratie !

Al Gore, Naomi Klein, Desmond Tutu, Ban Ki Moon ce soir lors de la Earth Hour organisée par le WWF, beaucoup de rencontres passionnantes. Avec des militants inconnus parmi la foule, également. Le carnet d’adresses s’est vite rempli ! Mais ma rencontre la plus frappante a été avec Billy McKibben, du mouvement 350.org et Mohamed Nasheed, le Président des Maldives (les organisateurs auraient pu mettre une estrade derrière le pupitre, soit dit en passant, cela aurait évité à Nasheed de se prendre les micros dans le nez…). Mais les images et les liens parlent mieux qu’un long discours …

President Mohamed Nasheed (Maldives)

La plupart des chefs d’État sont arrivés aujourd’hui, et se réunissent jusqu’à vendredi. Nous verrons ce que les négociations vont donner. Ce qu’il faut retenir, selon moi, c’est deux choses. En premier lieu, les négociations ont évidement déjà débutées avec des haut-fonctionnaires. Et c’est là que le bas blesse et que l’on arrive à ma seconde remarque. En effet, les politiciens ne doivent pas simplement convaincre les électeurs. Ils doivent surtout, une fois élus, s’assurer de garder les commandes en main et convaincre les fonctionnaires qui sont chargés d’expertiser la faisabilité des volontés politiques affichées, et les mettre effectivement en oeuvre en faisant preuve d’autant de volonté, d’imagination, de créativité, d’innovation que les leaders politiques élus dont ils dépendent. Le pouvoir détenu par les fonctionnaires est colossal car, après tout, ce sont eux qui gèrent ce que les dirigeants ont décidé. Et quand les négociations sont entamées par les fonctionnaires, on peut facilement voir disparaître des questions essentielles, comme par exemple, ici, la problématique de l’eau ou celle des migrations climatiques.

Encore une chose à retenir pour aujourd’hui, mais cela est très bien expliqué par le mouvement 350.org : si les objectifs proposés à Copenhague sont atteints en termes de réduction des émissions de CO2, ce n’est pas 350 ppm (contre un constat de 387 aujourd’hui), mais près de 770 ppm que nous constaterons dans l’atmosphère sous peu ! C’est dire que tout ce qu’il se passe à Copenhague ces jours-ci ne suffit pas, et que les efforts à fournir sont encore immenses. Mais il en va de notre survie … Il y a quelques dizaines d’années, on pouvait dire que l’on ne savait pas si tel ou tel volume était dangereux ou non. Aujourd’hui, on ne peut nier l’évidence scientifique, et surtout on ne peut négocier avec la nature.

350 is survival” …

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