L’une de mes premières constatations a été la présence de francophones, plus forte que je ne le pensais. J’ai établi le contact avec plusieurs réseaux d’activistes, dont le collectif « Climate Collective », présents notamment à la manifestation qui a abouti devant le Ministère de la Défense pour appeler à agir en faveur des réfugiés climatiques.
Le KlimaForum est plus modeste que je ne pensais. Néanmoins, les ateliers et groupes de travail qui y sont présents sont très enrichissants, et expriment avec brio les atouts de la démocratie participative, en particulier dans un contexte mondial qui rassemble des individus du monde entier. Nous n’avons sans doute pas pesé grand-chose, mais nous y étions. Moralement, c’est essentiel.
Les nombreux séminaires internationaux, forums, &c auxquels je participe depuis des années me rappellent sans cesse combien il est important de se rencontrer entre citoyens de différents pays.
Peu de facilités pour retrouver tel ou tel organisme (le programme officiel indique les dates, heures et lieux de rencontres, le point d’information des activistes (jouxtant la yellow room) l’agenda des actions à travers la ville mais les quelques stands présents me paraissent bien insuffisants. On aurait pu imaginer un « NGO Village », par exemple.
J’ai réussi à apprendre dans quel entrepôt squattaient certains de mes concitoyens activistes, mais aucune indication plus précise sur place (je ne dirai pas tout ici, vous vous en doutez bien !) … mesure de précaution, sans doute, vu que la police danoise a la réputation d’être assez violente. Les images glanées aux infos ou sur les caméscopes de quelques contacts établis sur place sont en effet assez révélatrices …
Je me suis fait prendre en photo par un jeune photographe autrichien vivant à Berlin, et qui propose un concept : écrire sur un bandeau adhésif, que l’on se colle sur la bouche, le ou les mots qui évoquent la raison de la présence du sujet photographié (à court d’idée, j’ai juste rédigé : « France for sustainability ! », mais j’aurais peut-être du signer « Cap21 », en y repensant …)
J’ai toujours trouvé intéressant de faire valoir la création artistique (représenté sur un site annexe du KlimaForum) dans ce genre de manifestations. C’est une bonne façon, selon moi, de faire vivre l’art, d’une part, et d’illustrer un engagement, d’autre part. Et puis c’est une formule d’expression pacifiste, ce qui est une excellente solution !
On peut s’efforcer de participer à la révolution des mentalités autrement que par la violence et la colère que l’on peut vouloir exprimer n’est pas forcément moins forte. C’est peut-être une forme de lutte moins efficace à terme immédiat, mais elle n’est pas nouvelle cependant, et je ne crois pas que le but des actions soit de susciter le rejet mais bien l’adhésion des foules. Car, en démocratie, et contre le totalitarisme de certains lobbies qui voudraient tuer le pouvoir politique, voire l’asservir, c’est la mobilisation populaire qui peut et qui doit l’emporter ! Face aux matraques des lobbies, les lentilles des caméras et des appareils-photo, entre autres, peuvent être des armes redoutables. Ainsi, je crois que les artistes, comme les médias, ont un rôle citoyen majeur. Les premiers sont engagés, les seconds généralement plus neutres (quoique …), mais les uns et les autres sont des vecteurs d’opinion. La culture est bel et bien un pilier de la démocratie !
Al Gore, Naomi Klein, Desmond Tutu, Ban Ki Moon ce soir lors de la Earth Hour organisée par le WWF, beaucoup de rencontres passionnantes. Avec des militants inconnus parmi la foule, également. Le carnet d’adresses s’est vite rempli ! Mais ma rencontre la plus frappante a été avec Billy McKibben, du mouvement 350.org et Mohamed Nasheed, le Président des Maldives (les organisateurs auraient pu mettre une estrade derrière le pupitre, soit dit en passant, cela aurait évité à Nasheed de se prendre les micros dans le nez…). Mais les images et les liens parlent mieux qu’un long discours …
La plupart des chefs d’État sont arrivés aujourd’hui, et se réunissent jusqu’à vendredi. Nous verrons ce que les négociations vont donner. Ce qu’il faut retenir, selon moi, c’est deux choses. En premier lieu, les négociations ont évidement déjà débutées avec des haut-fonctionnaires. Et c’est là que le bas blesse et que l’on arrive à ma seconde remarque. En effet, les politiciens ne doivent pas simplement convaincre les électeurs. Ils doivent surtout, une fois élus, s’assurer de garder les commandes en main et convaincre les fonctionnaires qui sont chargés d’expertiser la faisabilité des volontés politiques affichées, et les mettre effectivement en oeuvre en faisant preuve d’autant de volonté, d’imagination, de créativité, d’innovation que les leaders politiques élus dont ils dépendent. Le pouvoir détenu par les fonctionnaires est colossal car, après tout, ce sont eux qui gèrent ce que les dirigeants ont décidé. Et quand les négociations sont entamées par les fonctionnaires, on peut facilement voir disparaître des questions essentielles, comme par exemple, ici, la problématique de l’eau ou celle des migrations climatiques.
Encore une chose à retenir pour aujourd’hui, mais cela est très bien expliqué par le mouvement 350.org : si les objectifs proposés à Copenhague sont atteints en termes de réduction des émissions de CO2, ce n’est pas 350 ppm (contre un constat de 387 aujourd’hui), mais près de 770 ppm que nous constaterons dans l’atmosphère sous peu ! C’est dire que tout ce qu’il se passe à Copenhague ces jours-ci ne suffit pas, et que les efforts à fournir sont encore immenses. Mais il en va de notre survie … Il y a quelques dizaines d’années, on pouvait dire que l’on ne savait pas si tel ou tel volume était dangereux ou non. Aujourd’hui, on ne peut nier l’évidence scientifique, et surtout on ne peut négocier avec la nature.
“350 is survival” …
